[Tribune européenne] Procès de la rue d’Aubagne : le problème de l’habitat indigne est toujours là.

« Que s’est-il passé à Marseille le 5 novembre 2018 ? L’effondrement de deux immeubles, dans la très populaire et centrale rue d’Aubagne, a provoqué une onde de choc dans la seconde ville de France et des marches importantes ont rassemblé les marseillais·es bien au-delà des frontières urbaines et sociales qui fragmentent la ville. Les 8 personnes victimes de ce drame restent pour les marseillais·es les victimes de trop, la marque indélébile de la déliquescence de la gestion municipale sous l’ère Gaudin. Si certaines mémoires s’effilochent, le problème de l’habitat indigne, lui, est toujours là.

Six ans et deux jours après, le procès des mis·es en cause s’ouvrira le 7 novembre 2024 et durera six semaines avec, sur le banc des accusé·es, un panel très significatif de la systémie du mal-logement : propriétaires indignes, bailleur social, élu de la Ville, syndic, expert … Nous, acteurs et actrices de la lutte pour un logement digne, la justice sociale et l’écologie populaire, en France et en Europe, nous nous tiendrons aux côtés des familles de victimes et des marseillais·es mobilisé·es ces prochaines semaines pour réclamer justice et dignité.

De nombreux médias et responsables politiques de l’époque et d’aujourd’hui ont tenté de faire croire à une situation « particulière » à la cité phocéenne. Le procédé est classique mais fallacieux : la soi-disant exagération méditerranéenne ne masque que bien mal ce que les faits n’ont pas tardé à rappeler : l’indignité du logement est un problème aux multiples facettes, répandu dans la France entière. 

Quatre ans plus tard, l’effondrement de Lille faisait à nouveau un mort et d’autres, à Bordeaux ou Toulouse par exemple, nous alertaient du danger, heureusement sans faire de victimes. L’incendie de Vaulx-en-Velin et ses 10 mort·es, pour ne citer que celui-ci, viendra encore une fois plonger des centaines de voisin·es et de proches dans le deuil. A ces événements spectaculaires, il faut ajouter la dégradation lente mais sûre d’habitats anciens ou semi-récents, privés ou sociaux, où l’insalubrité détruit à petit feu la santé de leurs occupant·es. En France et selon la Fondation Abbé Pierre, ce seraient 600 000 logements et 1,3 millions de personnes qui seraient directement concernées par l’habitat indigne (l’insécurité, l’insalubrité, l’inconfort…), 4,1 millions qui seraient plus globalement mal-logées ou non-logées, 12 millions vivant en situation de précarité énergétique … Les situations ailleurs en Europe font enfin écho à celle française : 19,2 millions de personnes vivent dans un habitat indigne selon Eurostat et, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé, l’insalubrité des logements entraîne plus de 100 000 décès chaque année en Europe. 

Plus les loyers et la précarité grimpent, plus des propriétaires indignes en profitent pour exploiter la misère ; plus l’inaction politique continue, plus le problème est mis sous le tapis ; plus la justice souffre, plus les marchands de sommeil sont tranquilles ; plus les personnes étrangères voient leurs droits bafoués, plus les réseaux criminels profitent de la situation ; plus les inégalités salariales perdurent et le service public dysfonctionne, plus les mères isolées se retrouvent en difficulté ; plus le dérèglement climatique se fait sentir, plus nos habitats se révèlent insuffisamment entretenus pour nous protéger : l’habitat indigne fonctionne ainsi comme un révélateur de notre incapacité à assurer à chacun·e l’accès à une vie digne. 

Nous ne manquons pourtant pas de propositions. Les associations et collectifs marseillais ont par exemple rédigé une « proposition citoyenne de loi « rue d’Aubagne » » pour mettre leur expérience au pot commun de la Nation : protection des habitant·es, mécanismes de contrôle et d’anticipation, aide aux petits propriétaires, nouveaux outils administratifs et judiciaires… Nous plaidons par ailleurs de longue date pour une régulation conséquente du marché et la création de nouveaux logements sociaux, afin de permettre à chacun·e de se loger. Si quelques efforts obtenus par nos organisations peuvent être soulignés, tel que le subventionnement de la rénovation énergétique ou le renforcement des peines contre les marchands de sommeil, les précédents gouvernements sont depuis trop longtemps restés immobiles. L’Etat laisse ainsi les collectivités territoriales seules au front de l’habitat indigne, avec des résultats mitigés selon leurs volontés politiques et leurs moyens.

De haute lutte, les mobilisations populaires marseillaises qui ont fait suite au drame de la rue d’Aubagne ont prouvé qu’il était possible d’arracher certaines victoires : protection des habitant·es délogé·es, plan de rénovation, mise en œuvre du permis de louer … Il n’y a donc pas de fatalité : l’entraide mise en place entre citoyen·nes et leur intelligence collective ont fait avancer les choses. 

Les 2 et 3 novembre, à l’appel d’un collectif de 55 organisations marseillaises, nous dirons donc au pays et à l’Europe que nous sommes tous et toutes concernées par l’habitat indigne et par ce procès historique qui s’ouvrira. Nous nous retrouverons lors d’une première Journée nationale de lutte contre l’habitat indigne le samedi 2 novembre* et participerons à la “Marche pour la justice et un logement digne” le dimanche 3 novembre. »

Retrouvez la tribune européenne publiée dans Le Monde ce jeudi 31 octobre 2024.


Liste complète des signataires : 

Signataires de la tribune européenne : 

  • Marie-Hélène Baqué, sociologue, Université Paris Nanterre
  • Zad El Bacha, membre de London Renters Union (Grande Bretagne)
  • Joao Bulas Cruz, membre de Habita ! (Portugal)
  • Sabrina Bresson, sociologue, ENSA Paris Val de Seine, CNRS LAVUE
  • Nathalie Bazire, secrétaire confédérale de la CGT en charge des politiques publiques
  • Laurence De Cock, historienne et enseignante
  • Antonio Delfini, président de l’Atelier populaire d’urbanisme du Vieux-Lille
  • Sue Ellen Demestre, directrice de l’association “Collectif des femmes Dasovas” – Métropole de Lille
  • Amel Doghmane, présidente de l’Alliance Citoyenne – Justice Ensemble 
  • René Dutrey, Secrétaire général du Haut Comité pour le Droit au logement
  • Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL
  • Camille François, sociologue, spécialiste des expulsions locatives, Université Panthéon-Sorbonne
  • Magali Fricaudet et Lilia Santana, Co-présidentes de l’AITEC
  • Romain Gallart, réseau APPUII
  • Thibault Godin, porte parole d’Alda – Pays Basque
  • Robert Guédiguian, cinéaste
  • Murielle Guilbert et Julie Ferrua, co-déléguées de l’Union Syndicale Solidaires
  • Pedro Martin Heras, membre de la Plataforma de Afectados por la Hipoteca-PAH (Espagne);
  • Cédric Herrou, Emmaüs Roya
  • Eddy Jacquemart, Président de la CNL
  • Paul Lacoste, membre de HALEM (Association d’Habitants de Logements Ephémères ou Mobiles)
  • Khedidja Mamou, architecte, sociologue, ENSA Montpellier, APPUII
  • Valérie Manteau, écrivaine
  • Mohamed Mechmache, co-président de la Coordination Pas Sans Nous
  • Oskar Mieczkowski, Cyprian Kraszewski et Maciej Pieńkowski, membres de Pomorska Akcja Lokatorska (Pomeranian Tenants Action, Pologne)
  • Stela Muci, membre de l’European Action Coalition for the Right to Housing and to the City
  • Emmanuel Patris, urbaniste, co-président d’Un Centre-Ville Pour Tous
  • Magali Payen, fondatrice d’On Est Prêt
  • Philippe Pujol, journaliste
  • Sebastian Schipper, membre de City for All Frankfurt (Allemagne);
  • Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme
  • Benoit Teste, Secrétaire général de la FSU
  • Djangou Traoré, Collectif des habitants du Franc Moisin, St Denis
  • Laurent d’Ursel, membre du Syndicat des Immenses (Belgique);
  • Kevin Vacher, sociologue, membre du collectif du 5 novembre
  • Florian Vertriest, collectif Alma-Gare, Roubaix
  • Nikolaos Vrantsis, membre de HARTA (Grèce)
  • Katia Yakoubi, association Adelphi Cité
  • Youlie Yamamoto, porte-parole d’ATTAC France
  • George I. Zamfir, membre de l’European Action Coalition for the Right to Housing and to the City

Lettre Ouverte – 29/12/2018

Lettre ouverte

Lettre ouverte à M. Gaudin, Maire de Marseille,
M.Dartout, Préfet de la Région PACA,
Et Mme Vassal, Présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et Présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence.

Par Pierre K., Sophie D., Alexia A., Alexander H,
Ancien·nes habitant·es du 65 rue d’Aubagne.

Nous nous adressons publiquement à vous, M. Gaudin, M. Dartout et Mme Vassal afin que l’ensemble de nos concitoyen·nes aient accès à notre témoignage, qui diffère de ce que laisse entendre la communication officielle délivrée par les représentants des pouvoirs publics.

Comme vous le savez, le 5 novembre à 9h05, notre immeuble s’effondre sur Simona, Niasse, Ouloume, Fabien, Julien, Marie, Taheb et Chérif, ouvrant une ère de sidération et de deuil dans le cœur des marseillais·es. Suite au choc traumatique d’avoir tout perdu lorsque nos appartements ont englouti nos 8 voisins morts dans des conditions cauchemardesques que nous avons évitées de peu, nous sommes à ce jour prisonnier·es dans des chambres d’hôtel depuis bientôt 2 mois. Permettez-nous de vous le dire ainsi, cette situation nous est insupportable. Alors nous nous demandons jusqu’où et jusqu’à quand va se prolonger cette gestion inhumaine ? Nous nous demandons quelle est donc la conception que vous avez de vos rôles politiques quand vous nous abandonnez à une interminable attente, au même moment où vous songez à offrir une subvention de 1,8 millions d’euros au cercle des nageurs, ou quand vous honorez une soirée de dégustation de chocolat durant l’agonie d’habitant·es de Noailles encore sous les décombres ?

Au 65 rue d’Aubagne, dans l’immeuble qui s’est effondré à 9h05 un lundi matin, seul 4 foyers sur 10 ont survécu. Sur ces 4 foyers, deux vivent encore à l’hôtel, dont l’un sans aucune possibilité de relogement et deux ont été relogés, dont l’un dans un appartement insalubre qui ne lui convient pas. On pourrait croire que le pire est derrière nous et bien non, cette catastrophe a désormais pris la forme de vos administrations inadaptées, des interminables queues au centre Beauvau, de l’absence de considération de la part des pouvoirs publiques, de notre nouvelle situation de SDF, de vos promesses non tenues et enfin du manque absolu de réponse à notre détresse.

M. Gaudin, Mme Vassal, M. Dartout, rendez-vous compte que vous êtes en train de faire endurer de la maltraitance psychologique à des personnes dont l’état de santé mentale est déjà très affaibli par le drame qu’a engendré votre politique urbaine à deux vitesses.

Nous ne pardonnerons jamais les fautes meurtrières commises dans le passé, et si l’enquête judiciaire se chargera de désigner les coupables de la mort de ces 8 citoyen·nes et de la mise en péril de nos vies, vous êtes toutefois, du fait de vos fonctions, responsables des mauvais traitements que nous subissons à l’heure actuelle. En effet, on entend souvent dans la presse et selon la communication des pouvoirs publics, que des moyens financiers ont été mobilisés et que de ce fait nous sommes pris en charge matériellement. C’est totalement faux. En réalité, depuis le début, on ne nous propose que des solutions dérisoires et inadaptées qui relèvent du droit commun et qui ne nous ont absolument pas permis de retrouver des vies dignes. Deux d’entre nous ont par exemple le 5 décembre, suite à la signature d’un bail, fait une demande d’aide au Fond Solidarité Logement, géré par le Conseil Départemental. Cette aide, tout à fait ordinaire, doit permettre de payer les frais de déménagement, d’ameublement etc. Alors que la procédure devait être « accélérée » exceptionnellement, la demande a en réalité dû être réitérée 3 fois et plus de 25 jours plus tard, nous n’avons toujours rien reçu, nous obligeant à rester à l’hôtel faute de pouvoir acheter le minimum de meubles nécessaire pour intégrer notre nouvel appartement.

Concernant l’ « aide aux adultes », le Conseil Régional PACA a lui aussi daigné nous offrir des fonds soi-disant exceptionnels à hauteur de… 200 euros pour un couple et 250 euros pour l’autre. Cette somme ridicule, dont on ne sait pas pourquoi elle diffère selon les cas qui sont pourtant identiques, est une aumône qu’ils semblent nous faire. Les pouvoirs publics disent qu’ils mettent tout en place pour nous aider, or ce n’est pas le cas. La seule aide conséquente que nous devrions recevoir mais que nous attendons toujours et qui nous semble de plus en plus incertaine, sont 5000 euros de bon d’achats que l’on nous a promis pour l’ameublement. Ces bons sont la redistribution des dons privés qui ont été fait à la Croix Rouge. Il ne s’agit donc pas d’une aide des pouvoirs publics mais du seul résultat de la solidarité citoyenne, que nous tenons d’ailleurs à remercier.

En outre, personne ne nous a reçu spontanément. Il a fallu la médiation du « collectif du 5 novembre » pour qu’enfin le 30 novembre, nous 4 soyons reçu·es par le directeur des services de l’urbanisme à la Mairie de Marseille, qui nous a promis une prise en charge que nous attendons toujours. Pire encore, nous nous sommes retrouvé·es confronté·es à des formes de mépris quotidien, telle que l’annulation d’un rendez-vous à la l’hôtel de ville, au cours duquel nous étions censé·es recevoir une aide et ce sans que nous en ayons été averti·es. Imaginez vous vous rendre à un tel rendez-vous après tant d’attente, plein·es d’espoir, trouver porte close et enfin vous laisser entendre dire que vous allez devoir choisir entre les dons versés à la Croix Rouge et des aides financières exceptionnelles, présentés comme incompatibles.

L’accueil à la rue Beauvau quant à lui, a été inadapté depuis le début et l’est encore comme en ont témoigné les délogé·es qui se sont rassemblé·es ces derniers jours devant la porte d’entrée. Les agents qui sont en sous-effectif, inexpérimenté·es, pas formé·es à gérer une telle situation, sans consignes claires, et surtout sans réel moyen de nous apporter ce que nous nécessitons, renvoient toujours les décisions au lendemain, créant ainsi une anxiété terrible pour nous toutes et tous.

M. Gaudin, quand lors du conseil municipal du 20 décembre vous appelez votre équipe municipale à vous aider à répondre au défi que vous lance la mémoire de nos 8 voisin·es, nous vous invitons également, à penser à répondre à ce défi par un minimum de respect et de considération pour le peu de survivant·es que ce drame a épargné. A ce propos, quand nous entendons M. Ruas poursuivre pour dire je cite que « les services du logement ont fait un travail extraordinaire auprès des personnes dont on sait qu’elles ne retrouveront jamais leur appartement », nous en avons la nausée. Nous le répétons, presque 2 mois après ce drame, sur les seul·es survivant·es de l’immeuble, le bilan n’est pas glorifiant : nous sommes tous les quatre encore bloqué·es à l’hôtel, dont deux d’entre nous sans possibilité de relogement. Comment pouvez-vous donc avancer des mensonges aussi éhontés juste après la mention d’un soi-disant défi lancé par la mémoire de ces 8 victimes ? Nous attendons encore un signe de votre considération, un geste de compassion et une prise en charge que nous sommes en droit d’attendre. Après avoir perdu foi en la sécurité et la protection qu’aurait dû nous apporter nos habitations, nous perdons foi en la sécurité et la protection qu’aurait dû nous apporter notre municipalité et l’État.

Il s’impose comme une évidence, qu’aveuglé·es par le profit présagé par votre entreprise de gentrification, vous avez failli à vos responsabilités politiques de protection des habitant·es de la rue d’Aubagne et ce en dépit des nombreuses alertes qui vous ont été lancées par les habitant·es ainsi que par les expert·es de la sécurité civile. Vous n’avez pas voulu investir pour assurer la sécurité de la vie des gens de notre quartier, parce que vous étiez trop occupé·es à orchestrer un nouveau projet de destruction de l’identité marseillaise incarnée par le quartier voisin du nôtre, La Plaine, faisant au passage un joli cadeau de 22 millions d’euros d’argent public à vos collègues du privé.

Aujourd’hui, à quelles activités vous affairez-vous donc au point d’en oublier les 4 foyers survivants ainsi que les 1600 personnes délogées ?

Il est vrai que même si nous ne sommes pas dupes de vos manœuvres visant à refouler les pauvres du centre-ville, nous nous sommes tout de même étonné·es de voir qu’au lendemain de la vague de signalements d’insalubrité et de péril, comme le révèle l’émission « Les Pieds sur terre », les charognards d’Euromed arrivent plus vite pour voler nos bâtiments que les expert·es pour protéger nos vies. Oui, nous pensions que votre cynisme trouverait ses limites dans le deuil, et bien force est de constater que nous avions tort…

Nous demandons aux pouvoirs publics de mettre en place une aide exceptionnelle pour répondre à cette situation exceptionnelle, plutôt que de se cacher derrière le droit commun qui est clairement insuffisant et inadapté, laissant presque deux mois après l’effondrement, deux d’entre nous sans même une solution de relogement. Nous ne demandons rien d’extravagant, mise à part de pouvoir retrouver nos vies grâce à un logement dans le centre-ville et une aide suffisante pour pouvoir intégrer notre nouveau lieu de vie dans de bonnes conditions, avec un peu de considération et de dignité.

Pragmatiquement, une meilleure organisation de la gestion de cette crise permettrait pour nous de retrouver des vies normales et d’éviter par ailleurs de continuer à dépenser de l’argent public en nuitées d’hôtel.

Nous demandons à ce que nos situations, des ancien·nes habitant·es du 65 ainsi que celles de nos voisin·es du 69, soient gérées collectivement et non au cas par cas de façon différenciée et inégale. Nous demandons enfin que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités au lieu de sans cesse se reposer sur la solidarité citoyenne.

Dans l’attente d’une résolution rapide des problèmes que nous avons ici exposés, pour nous, nos voisins du 69 et tou·tes les délogé·es de Marseille,

Cordialement,

Pierre K., Sophie D., Alexia A., Alexander H.,
Ancien·nes habitant·es du 65 rue d’Aubagne.

TÉLÉCHARGER LA LETTRE OUVERTE

Lire l’appel du 9 octobre

PROCES EN APPEL DES EFFONDREMENTS DE LA RUE D’AUBAGNE

MARCHE POUR LA JUSTICE ET UN LOGEMENT DIGNE

Dimanche 1er Novembre 2026

Départ 14h Métro Notre-Dame du Mont 13006

Appel lancé par une quarantaine d’organisations : Collectif du 5 novembre – Noailles en colère, Assemblée des personnes délogées, Al Manba, Alternatiba Marseille, Architectes Sans Frontières, Association Arte Chavalo, ATTAC Marseille, CNT-SO 13, Collectif Mémoires En Marche Marseille, Collectif rebel13, Comité Mam’Ega, Coudes à coudes, Destination Familles, DONUT, Faisons Front commun !, FRACHI, Groupe de veille Busserine, Il fait bon vivre dans ma cité (d’Air Bel), Inter Copros Marseille, La Brigaille – Ressourcerie de Noailles, La ManufabriK, Librairie Transit, LDH Marseille, Les Minots de Noailles, Marseille anticra, Noailles Debout, Noailles Solidaires, Nouvelle aube, Primitivi, Rencontres Tsiganes, Réseau Hospitalité, RESF13, S.W.A.G. Studio, Solidaires13, Syndicat du logement de Marseille, UJFP (liste en cours de mise à jour)

Dévoilé à Noailles le vendredi 9 octobre et publié dans La Marseillaise le samedi 10 octobre

Le 5 novembre 2018 au matin, deux immeubles se sont effondrés aux 63 et 65 rue d’Aubagne, en plein coeur de Marseille, causant la mort de 8 Marseillais·es : Marie-Emmanuelle Blanc, Simona Carpignano, Taher Hedfi, Julien Lalonde, Fabien Lavieille, Pape Niasse, Ouloume Said Hassani et Mohamed Cherif Zemar. Un mois plus tard, notre voisine Zineb Redouane était tuée suite à la répression policière des marches pour le logement et des Gilets jaunes.

Il y a deux ans, le procès en première instance des effondrements du 5 novembre 2018 avait suscité une mobilisation extraordinaire des habitant·e·s de Marseille. Alors que le déroulé du procès a été exemplaire, le verdict, sur bien des aspects, a été décevant. Certes, certains responsables ont été reconnus coupables et condamnés, parfois à des peines d’emprisonnement (même si aucun d’entre eux n’est allé physiquement en prison) : des propriétaires du 65 rue d’Aubagne, (comme Xavier Cachard, qui était également élu local), le syndic en charge de l’immeuble (le cabinet Lieutard), l’expert Richard Carta qui n’a pas pris la mesure du danger qui menaçait les habitant·e·s, l’ancien adjoint au maire Julien Ruas. A travers la condamnation de ce dernier, c’est tout le système Gaudin qui a été pointé du doigt, et le tort qu’il a fait à la communauté des Marseillais·es qui a été reconnu.

Mais le verdict de première instance a aussi déçu. Marseille Habitat, propriétaire du 63 rue d’Aubagne, a été relaxé au motif qu’aucun document n’a pu prouver la déformation du mur maître séparant le 63 du 65. Pire, le jugement introduit dans la jurisprudence un précédent très grave : il ne suffit pas de louer un logement insalubre pour être reconnu propriétaire indigne, il faut en plus que les locataires ou occupant·e·s soient en situation de « vulnérabilité sociale », sinon pas de condamnation. Les marchands de sommeil ont encore de beaux jours devant eux. Sans parler de Julien Ruas, l’ancien adjoint au maire, dont les frais d’avocat ont été financés par la municipalité (au titre de la « protection fonctionnelle ») à hauteur de 365 000 euros ! 365 000 euros, alors que les 103 parties civiles ont eu en moyenne 6450 euros pris en charge par le tribunal.

Deux ans après le procès, le mal-logement n’a pas disparu, ni à Noailles, ni à Marseille, et l’habitat indigne tue toujours. Le 18 juin 2026, un nouvel effondrement d’immeuble a eu lieu entre les Halles Delacroix et la rue d’Aubagne, qui a fait de nombreux blessés (physiques et psychologiques), et dont les particules de poussières ont entraîné une grave pneumopathie et la mort d’un habitant, Mohamed El Khalfioui, dans l’indifférence quasi-générale.

On avait dit plus jamais ça !

Chaque semaine, des familles entières sont encore évacuées de chez elles en raison d’un arrêté de péril, dans l’urgence et la précarité la plus absolue, sans être informé·e·s et pouvoir faire valoir leurs droits, malgré les victoires et les protections obtenues par la mobilisation de 2018-2019. A Marseille 10% des logements sont potentiellement indignes, et depuis novembre 2018 on estime à plus de 15 000 le nombre de personnes délogées en raison d’immeubles en péril. Et des milliers de signalements sont toujours en attente.

L’habitat indigne concerne aujourd’hui tous les quartiers et tous les types de logement de Marseille : les locataires du parc privé mais aussi ceux du parc social, les occupant·e·s sans titre, les propriétaires occupant·e·s et les habitant·e·s des copropriétés dégradées qui se sont récemment mobilisé·e·s pour dénoncer leur situation.

Au-delà de l’habitat indigne, la crise du logement fait des ravages et il est de plus en plus difficile de se loger dignement. A Marseille, près de 50 000 logements sont vides (des logements appartenant à des multi-propriétaires ou à des institutions publiques), tandis que

16 000 personnes sont à la rue à l’année. Cherchez l’erreur. Les loyers ont explosé dans de nombreux quartiers, le nombre de logements mis en location a chuté à cause des plateformes touristiques (comme AirBnB), tandis que plus de la moitié des logements locatifs sont possédés par une minorité de gros propriétaires (qui possèdent plus de 5 logements). Les expulsions de logement ont aussi explosé : dans les Bouches du Rhône, les autorisations de concours de la force publique contre les personnes menacées d’expulsion ont augmenté de 67% entre 2021 et 2024 ! Derrière ces chiffres, il y a des vies.

Pire, certaines victoires obtenues par la mobilisation collective après les effondrements de la rue d’Aubagne sont aujourd’hui menacées. Chaque jour, on assiste à des délogements qui ne respectent pas la loi de mise à l’abri et la charte des droits des personnes délogées. Alors que les habitant·e·s demandent la transparence, la Mairie de Marseille a arrêté de publier les arrêtés de péril depuis avril 2025. La Ville a aussi affaibli le droit de pétition des citoyen·nes, qui avait été décisif dans les luttes pour les écoles ou le logement : désormais, il faudra 36000 personnes (et non plus 10 000) pour simplement poser une question au conseil municipal ! C’est un recul démocratique scandaleux. Les pouvoirs publics – la mairie, l’État, la métropole, mais aussi la SPLA-IN (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national) – refusent de faire la lumière sur les causes et les conséquences de l’effondrement du 18 juin 2026 à la Halle Delacroix, alors que les familles des victimes réclament la vérité.

Du 2 novembre au 18 décembre 2026, se tiendra le procès en appel des effondrements du 5 novembre 2018 au Tribunal, 21 rue Ahmed Litim (3ème arrondissement). Ce procès est public et nous appelons les Marseillais·es à s’y rendre massivement pour soutenir les parties civiles. Il est important de relancer la mobilisation : pour soutenir et rendre hommage et justice, aux victimes des effondrements et de l’habitat indigne, pour informer les habitant·e·s et rendre visible le mal-logement qui pourrit la vie des Marseillais·es, pour construire le rapport de force face aux responsables de cette situation (la mairie, l’État, la métropole, la SPLA-IN), et pour poursuivre et amplifier la lutte contre ce mal-logement.

Sans la mobilisation des habitant·e·s, aucune victoire n’est possible contre le mal-logement !

En mémoire des victimes des effondrements du 5 novembre 2018 et de toutes les victimes du mal-logement, pour la justice et la dignité, contre le mal-logement et l’habitat indigne, pour le droit au logement digne et inconditionnel.

Toutes les infos sur la marche du 1er novembre et pour participer à mobiliser

Le 9 octobre, une quarantaine d’ornisations ont lancé un appel à une grande marche pour la justice et le logement digne, le dimanche 1er novembre, 14h, métro ND du Mont.

Cette marche passera par la rue d’Aubagne, aux abords des Halles Delacroix, pour se rendre à la place de la Joliette (siège de la SPLAIN, instance partenariale Ville-Etat-Métropole) en passant par la rue de la République. Autant de lieux symboliques du mal-logement à Marseille.

Pour nous aider à préparer cette marche, coller des affiches, tracter, faire du porte-à-porte, rdv sur notre communauté Whatsapp de mobilisation.

L’agenda mis à jour au fil de l’eau

Acte 1 : se retrouver

Jeudi 15 octobre : intervention de Liliana Lalonde au colloque (in)visibles – au Parlement européen

Vendredi 16 octobre : Table-ronde « Après la colère, la justice ! », autour du livre « La colère d’une ville. Après l’effondrement, le pouvoir habitant. » (Wild Project), avec l’auteur Kevin Bhema Vacher, Anissa Harbaoui (Collectif du 5 novembre et Assemblée des personnes délogées) et Liliana Lalonde – à la bibliothèque de l’Alcazar, 17h30, entrée libre [en savoir plus]

Jeudi 22 octobre : projection du film « Dormir à Noailles » de Tuia Cherici – 19h, à la Plaine, avec Primitivi

Samedi 24 octobre : journée de rencontres du Syndicat du logement – Marseille. de 14h à 17h : formations et échanges de pratiques, à l’Oasis de Noailles, 55 rue de la Palud (13001) ; 18h : conférence publique, récit de luttes à Lille, Lyon, Marseille, à la Dar, 127 rue d’Aubagne ; 19h : diner, DJ set, concerts… à la Dar.

Vendredi 30 octobre : première assemblée d’habitant·es, accueil des nouvelles et nouveaux volontaires, questions-réponses à propos du procès, repas à prix libre, suivi d’un collage d’affiches, à l’Oasis de Noailles (55 rue de la Palud)

Mercredi 4 novembre : avant-première du film « Rester debout! » de Margaïd Quioc – au Gyptis à 19h

Jeudi 5 novembre : commémorations, place du 5 novembre, dès 8h30. Huit ans après : plus jamais ça !

Vendredi 6 novembre : soirée de lancement du livre « La colère d’une ville. Après l’effondrement, le pouvoir habitant. » de Kevin Bhema Vacher (Wild Project), avec la librairie Transit – infos à venir – sur le site de Wild project

Samedi 7 novembre : projection du film « Dormir à Noailles » de Tuia Cherici – à la bibliothèque de l’Alcazar – 17h30, salle de conférence – sur le site de l’Alcazar

Samedi 7 novembre : Festival de la rue d’Aubagne : débats, concerts, DJset – à la Plateforme [billetterie en ligne – page instagram]

Acte 2 : justice !

Dimanche 1er novembre : grande Marche pour la justice et le logement digne, à l’appel d’une quarantaine d’organisations – 14h, Métro ND du Mont – Cours Julien

Du 2 novembre au 18 décembre : procès en appel à la salle des procès hors normes, Caserne du Muy (adresse). Le procès est public, venez soutenir les parties civiles et montrer la mobilisation des marseillais·es – rdv sur la communauté Whatsapp pour organiser notre présence collective

Chaque semaine, une assemblée d’habitant·es sera organisée pour échanger nos sentiments vis-à-vis du procès, s’organiser et préparer notre propre verdict des habitant·es :

  • Vendredi 30 octobre : intégration des nouvelles et nouveaux volontaires, briefing à propos du procès, collage d’affiches, à l’Oasis de Noailles (55 rue de la Palud)
  • Mardi 10 novembre : retour sur l’ouverture du procès, présentation des enjeux judiciaires, chez Solidaires 13 (29 bd Longchamp)
  • 24 novembre, 4 décembre, 18 décembre chez Solidaires 13 (thèmes à préciser)
  • 20 novembre et 11 décembre à l’Oasis de Noailles (thèmes à préciser)

Mercredi 16 décembre : édition spéciale « procès de la rue d’Aubagne » du spectacle « Demain Marseille » au Marseille Comedy Club, 59 rue de Rome, 19h : stand-up, témoignage de participant·es au procès, présentation du livre « La colère d’une ville »

Acte 3 : plus jamais ça !

La justice ne pourra jamais donner satisfaction lorsque l’on parle de la perte de nos voisin·es. Le 18 juin dernier, un nouvel effondrement d’immeuble (Halles Delacroix/rue d’Aubagne) a entraîné la mort de l’un de nos voisins, Mohamed El Khalfioui. L’habitat indigne reste omniprésent dans notre ville comme ailleurs. Partout en France, nous tissons des liens pour qu’enfin plus personne ne meurt de l’habitat indigne ou ne galère à se loger. Ce procès sera l’occasion de nous organiser pour continuer ce combat, à hauteur des besoins de chacun·e.

Dates de permanences habitat indigne et d’un événement de mobilisation (janvier) à venir.

Le JT du procès

Chaque soir, on fait le JT du procès de la #ruedaubagne pour vous faire suivre les débats et la mobilisation en soutien aux familles des victimes. Cliquez sur l’icône « playlist » en haut à droite de la vidéo pour accéder à l’ensemble des épisodes.

La matinale juridique

Du 8 au 11 novembre, pour l’ouverture du procès de la #ruedaubagne , on fait notre matinale chaque matin avec Antonin Sopena, avocat au barreau de Marseille, qui répond aux questions que vous nous avez le plus fréquemment posées sur le déroulé d’un procès pénal.

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« Dans les yeux de… » : nos chroniques du procès dans les colonnes de la Marseillaise

Chaque semaine dans La Marseillaise, le Collectif du 5 novembre et ses ami·es font leur chronique du procès. Une façon de lire ces audiences de façon humaine et politique en même temps, de les raconter « dans les yeux de » personnes que nous avons côtoyées ces six dernières années. Parfois ce sera plutôt une façon de regarder certains « droit dans les yeux ». A chaque fois, ce sera l’occasion de mieux comprendre les confrontations judiciaires, éthiques et politiques qui s’y jouent.

Premier épisode – mardi 12 nov. 2024

Six semaines de procès : comment s’impliquer ?

3000 personnes ont marché ce dimanche pour demander “Justice & Vérité”. Cette mobilisation incroyable, digne, solidaire, va se poursuivre pendant les six semaines du procès de la rue d’Aubagne (7 nov. – 18 dec.) où nous serons identifié·es avec un ruban vert d’espoir. Chacun·e de nous peut participer.

Participer en tant que bénévole

  • Participez aux équipes de suivi du procès, pour soutenir les parties civiles, montrer notre attente aux juges, restituer les débats à l’extérieur du tribunal. Nous organisons un premier moment d’intégration aux équipes et de formation hebdomadaire :

Dimanche 10 nov., 18h, Maison Méditerranéenne des Droits de l’Homme, 34 cours Julien

Sur les réseaux sociaux et dans les médias

  • Nous relaierons le contenu des débats sur les réseaux sociaux avec un JT du soir et dans une chronique hebdomadaire dans les colonnes de La Marseillaise
  • Dès ce weekend, nous reprenons les “zoom” sur les prévenus et créons un nouveau format vidéo matinal pour tout comprendre au déroulé d’un procès pénal.

Prochaines dates à venir :

  • Plusieurs assemblées citoyennes pour nous retrouver, poser nos questions à des avocat·es et journalistes et débattre du procès ;
  • Des assemblées des personnes délogées pour nous organiser et passer à l’action contre l’habitat indigne.
  • Pour en savoir plus, rejoignez-nous sur la communauté Whatsapp

J’écris un message aux familles des victimes et/ou aux pouvoirs publics

Pendant les trois semaines qui précèdent le procès, nous proposons aux habitant·es de Noailles et d’ailleurs de prendre la parole et d’adresser un message aux familles de victimes et/ou aux pouvoirs publics. Vous pouvez pour cela remplir ce formulaire mais aussi vous rendre à la Ressourcerie (47 rue d’Aubagne) ou au Bar du Peuple (30 Bd Garibaldi) pour déposer votre message dans une boite prévue à cet effet. Nous proposons également aux habitant·es de Noailles de partager leurs messages lors de porte à portes.

Ces messages seront ensuite diffusés sur les réseaux sociaux et affichés, notamment autour de la place du 5 novembre. Nous vous en informerons par mail.

Rétrospective : six années d’affiches, six années de luttes, six années de victoires ?

On se demande souvent si nos mobilisation servent à quelque chose, si toutes ces affiches collées dans nos rues, ces pétitions, ces marches, ces actions, ces heures passées en réunions, en permanences d’entraide, en coups de fils, mails et messages… ont permis de faire avancer les choses. Tour d’horizon de six années de mobilisations unitaires pour le logement digne, d’affiches dont certaines sont devenues iconiques… et de quelques victoires qui restent à défendre.

six ans de mob par C5N