
PROCES EN APPEL DES EFFONDREMENTS DE LA RUE D’AUBAGNE
MARCHE POUR LA JUSTICE ET UN LOGEMENT DIGNE
Dimanche 1er Novembre 2026
Départ 14h Métro Notre-Dame du Mont 13006
Appel lancé par une quarantaine d’organisations : Collectif du 5 novembre – Noailles en colère, Assemblée des personnes délogées, Al Manba, Alternatiba Marseille, Architectes Sans Frontières, Association Arte Chavalo, ATTAC Marseille, CNT-SO 13, Collectif Mémoires En Marche Marseille, Collectif rebel13, Comité Mam’Ega, Coudes à coudes, Destination Familles, DONUT, Faisons Front commun !, FRACHI, Groupe de veille Busserine, Il fait bon vivre dans ma cité (d’Air Bel), Inter Copros Marseille, La Brigaille – Ressourcerie de Noailles, La ManufabriK, Librairie Transit, LDH Marseille, Les Minots de Noailles, Marseille anticra, Noailles Debout, Noailles Solidaires, Nouvelle aube, Primitivi, Rencontres Tsiganes, Réseau Hospitalité, RESF13, S.W.A.G. Studio, Solidaires13, Syndicat du logement de Marseille, UJFP (liste en cours de mise à jour)
Dévoilé à Noailles le vendredi 9 octobre et publié dans La Marseillaise le samedi 10 octobre
Le 5 novembre 2018 au matin, deux immeubles se sont effondrés aux 63 et 65 rue d’Aubagne, en plein coeur de Marseille, causant la mort de 8 Marseillais·es : Marie-Emmanuelle Blanc, Simona Carpignano, Taher Hedfi, Julien Lalonde, Fabien Lavieille, Pape Niasse, Ouloume Said Hassani et Mohamed Cherif Zemar. Un mois plus tard, notre voisine Zineb Redouane était tuée suite à la répression policière des marches pour le logement et des Gilets jaunes.
Il y a deux ans, le procès en première instance des effondrements du 5 novembre 2018 avait suscité une mobilisation extraordinaire des habitant·e·s de Marseille. Alors que le déroulé du procès a été exemplaire, le verdict, sur bien des aspects, a été décevant. Certes, certains responsables ont été reconnus coupables et condamnés, parfois à des peines d’emprisonnement (même si aucun d’entre eux n’est allé physiquement en prison) : des propriétaires du 65 rue d’Aubagne, (comme Xavier Cachard, qui était également élu local), le syndic en charge de l’immeuble (le cabinet Lieutard), l’expert Richard Carta qui n’a pas pris la mesure du danger qui menaçait les habitant·e·s, l’ancien adjoint au maire Julien Ruas. A travers la condamnation de ce dernier, c’est tout le système Gaudin qui a été pointé du doigt, et le tort qu’il a fait à la communauté des Marseillais·es qui a été reconnu.
Mais le verdict de première instance a aussi déçu. Marseille Habitat, propriétaire du 63 rue d’Aubagne, a été relaxé au motif qu’aucun document n’a pu prouver la déformation du mur maître séparant le 63 du 65. Pire, le jugement introduit dans la jurisprudence un précédent très grave : il ne suffit pas de louer un logement insalubre pour être reconnu propriétaire indigne, il faut en plus que les locataires ou occupant·e·s soient en situation de « vulnérabilité sociale », sinon pas de condamnation. Les marchands de sommeil ont encore de beaux jours devant eux. Sans parler de Julien Ruas, l’ancien adjoint au maire, dont les frais d’avocat ont été financés par la municipalité (au titre de la « protection fonctionnelle ») à hauteur de 365 000 euros ! 365 000 euros, alors que les 103 parties civiles ont eu en moyenne 6450 euros pris en charge par le tribunal.
Deux ans après le procès, le mal-logement n’a pas disparu, ni à Noailles, ni à Marseille, et l’habitat indigne tue toujours. Le 18 juin 2026, un nouvel effondrement d’immeuble a eu lieu entre les Halles Delacroix et la rue d’Aubagne, qui a fait de nombreux blessés (physiques et psychologiques), et dont les particules de poussières ont entraîné une grave pneumopathie et la mort d’un habitant, Mohamed El Khalfioui, dans l’indifférence quasi-générale.
On avait dit plus jamais ça !
Chaque semaine, des familles entières sont encore évacuées de chez elles en raison d’un arrêté de péril, dans l’urgence et la précarité la plus absolue, sans être informé·e·s et pouvoir faire valoir leurs droits, malgré les victoires et les protections obtenues par la mobilisation de 2018-2019. A Marseille 10% des logements sont potentiellement indignes, et depuis novembre 2018 on estime à plus de 15 000 le nombre de personnes délogées en raison d’immeubles en péril. Et des milliers de signalements sont toujours en attente.
L’habitat indigne concerne aujourd’hui tous les quartiers et tous les types de logement de Marseille : les locataires du parc privé mais aussi ceux du parc social, les occupant·e·s sans titre, les propriétaires occupant·e·s et les habitant·e·s des copropriétés dégradées qui se sont récemment mobilisé·e·s pour dénoncer leur situation.
Au-delà de l’habitat indigne, la crise du logement fait des ravages et il est de plus en plus difficile de se loger dignement. A Marseille, près de 50 000 logements sont vides (des logements appartenant à des multi-propriétaires ou à des institutions publiques), tandis que
16 000 personnes sont à la rue à l’année. Cherchez l’erreur. Les loyers ont explosé dans de nombreux quartiers, le nombre de logements mis en location a chuté à cause des plateformes touristiques (comme AirBnB), tandis que plus de la moitié des logements locatifs sont possédés par une minorité de gros propriétaires (qui possèdent plus de 5 logements). Les expulsions de logement ont aussi explosé : dans les Bouches du Rhône, les autorisations de concours de la force publique contre les personnes menacées d’expulsion ont augmenté de 67% entre 2021 et 2024 ! Derrière ces chiffres, il y a des vies.
Pire, certaines victoires obtenues par la mobilisation collective après les effondrements de la rue d’Aubagne sont aujourd’hui menacées. Chaque jour, on assiste à des délogements qui ne respectent pas la loi de mise à l’abri et la charte des droits des personnes délogées. Alors que les habitant·e·s demandent la transparence, la Mairie de Marseille a arrêté de publier les arrêtés de péril depuis avril 2025. La Ville a aussi affaibli le droit de pétition des citoyen·nes, qui avait été décisif dans les luttes pour les écoles ou le logement : désormais, il faudra 36000 personnes (et non plus 10 000) pour simplement poser une question au conseil municipal ! C’est un recul démocratique scandaleux. Les pouvoirs publics – la mairie, l’État, la métropole, mais aussi la SPLA-IN (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national) – refusent de faire la lumière sur les causes et les conséquences de l’effondrement du 18 juin 2026 à la Halle Delacroix, alors que les familles des victimes réclament la vérité.
Du 2 novembre au 18 décembre 2026, se tiendra le procès en appel des effondrements du 5 novembre 2018 au Tribunal, 21 rue Ahmed Litim (3ème arrondissement). Ce procès est public et nous appelons les Marseillais·es à s’y rendre massivement pour soutenir les parties civiles. Il est important de relancer la mobilisation : pour soutenir et rendre hommage et justice, aux victimes des effondrements et de l’habitat indigne, pour informer les habitant·e·s et rendre visible le mal-logement qui pourrit la vie des Marseillais·es, pour construire le rapport de force face aux responsables de cette situation (la mairie, l’État, la métropole, la SPLA-IN), et pour poursuivre et amplifier la lutte contre ce mal-logement.
Sans la mobilisation des habitant·e·s, aucune victoire n’est possible contre le mal-logement !
En mémoire des victimes des effondrements du 5 novembre 2018 et de toutes les victimes du mal-logement, pour la justice et la dignité, contre le mal-logement et l’habitat indigne, pour le droit au logement digne et inconditionnel.


